00En deux minutes
Vous n’avez jamais entendu parler de l’actualisme ? Voici l’essentiel.
Le constat
Presque tout le monde passe sa vie à ressentir des choses à propos du monde, plutôt qu’à vivre le monde lui-même. Une marche en forêt se passe à ruminer le souper.
L’indice
Vous avez déjà connu l’autre mode, probablement enfant : un moment où tout était vif, simple, amical, et où vous n’étiez pas « là » à vous observer. C’est le point de départ.
La pratique
Se demander souvent « comment est-ce que je me sens, là, maintenant ? », et choisir de se sentir bien chaque fois que ce n’est pas le cas. Rien de plus, rien de moins.
Le but
Vivre de plus en plus souvent dans ce mode vif et simple, jusqu’à ce qu’il reste. Heureux, parce que sans chagrin ; inoffensif, parce que sans malice.
Le reste de la page déplie chacune de ces quatre cases. Si vous ne lisez qu’une section, lisez par où commencer.
01Qu’est-ce que l’actualisme ?
L’actualisme est une méthode, mise au point par un Australien nommé Richard, pour être heureux et inoffensif : libre de chagrin et libre de malice, en ce moment, en tant que ce corps. Dans ses propres mots :
Apprécier et savourer de façon constante ce moment d’être en vie, voilà ce qu’est la méthode de l’actualisme.
Son but va plus loin que sa méthode. Le bout du chemin est une liberté actuelle de la condition humaine : la fin de « l’être » lui-même, ce sentiment de qui l’on est au fond de soi, de sorte qu’il ne reste que ce corps et le monde tel que les sens le trouvent. Ce n’est pas une destination spirituelle. Rien ici ne va vers un dieu, une âme, un Soi ou un au-delà ; cela va dans l’autre sens, vers l’actuel.
Le mot « actuel » est précis chez Richard. Le monde actuel, c’est le monde tel qu’il est : la tasse, la lumière, le corps de l’autre côté de la pièce, avant que des sentiments et des croyances ne viennent s’y superposer. Le monde « réel », dans son vocabulaire, c’est cette couche superposée, et c’est là que presque tout le monde vit.
La méthode n’est ni un système de croyances, ni une méditation, ni une thérapie : rien à chanter, rien à « traiter », seulement sa propre expérience, regardée sincèrement et appréciée. Richard est la voix canonique sur ce qu’est la méthode ; le meilleur guide pratique pour la partie qui mène à l’EPC est celui de Srinath, et l’échelle présentée plus bas est la sienne.
02L’échantillon : l’expérience de conscience pure
Ce qui rend la chose vérifiable plutôt que crue, c’est que presque tout le monde a déjà goûté à la destination. Une EPC, expérience de conscience pure (en anglais PCE, pure consciousness experience), est un moment de quelques minutes ou de quelques heures où le monde était vif, complet et amical, et où personne n’était là pour le vivre : un après-midi d’enfance, une marche, un instant à un bureau.
Une EPC, c’est quand le sentiment d’identité quitte temporairement le trône et que l’aperception se produit… le « penseur » et le « ressenteur » ne sont pas, et une conscience non médiatisée a lieu.
Tout le monde en a eu une. Les enfants couramment ; les adultes en vacances et dans les lieux sauvages. Presque personne ne s’en souvient, pour la bonne raison qu’il n’y avait aucun ton émotionnel sous lequel la classer. Cinq marques la caractérisent, selon le guide de Srinath :
Aucun sens de soi
Pas de « moi » qui regarde. L’expérience se vit elle-même.
Une ambiance magique
Joyeuse, féerique, comme si tout avait toujours été ainsi.
Un délice sensoriel extrême
Couleurs, textures, sons, tout brille.
Une paix
Rien ne manque, rien n’est à régler.
Une clarté étincelante
Les choses sont évidentes, simples, fraîches.
Un souvenir qui porte ces marques, même un fragment, est l’échantillon. La première étape du chemin consiste à retrouver le sien, et rien de ce qui suit ne fonctionne sans cela. Sans goût de l’actuel, l’actualisme dégénère immanquablement en code moral ou, pire, en enseignement spirituel. Les mots-clés pour la recherche : magique, délicieux, simple, clair, frais, naïf, innocent.
03La question
Commencez par demander, à chaque instant de nouveau : « Comment est-ce que je vis ce moment d’être en vie ? »
Poser la question n’est pas la méthode ; apprécier et savourer ce moment, c’est la méthode. La question est l’instrument qui permet de vérifier, à chaque instant, si cela se produit. Et le « comment » est affectif : quel sentiment est-ce que je ressens en ce moment ? Suis-je ennuyé ? Agacé ? À l’aise ? Content ? Triste ? La réponse est un constat, pas une phrase. Autrement dit : quel sentiment empêche, en ce moment, l’expérience continue de la paix sur terre ?
La question est posée « à chaque instant de nouveau », non comme un mantra, jusqu’à ce qu’elle devienne une attitude non verbale, une approche sans mots de la vie. Sa seconde moitié ne peut être abandonnée : « ce moment d’être en vie » est ce qui garde l’attention ici.
04Se sentir bien, choisi à chaque instant
« Se sentir bien » (feeling good) est, selon Richard, un terme sans ambiguïté : un sentiment général de bien-être, qui ne se discute pas. C’est le premier barreau de l’échelle, celui sur lequel on vit toute la journée, et la raison pratique est simple : une base à « bien » ou mieux rend la distance jusqu’à une EPC beaucoup plus courte.
… c’est votre choix, et votre choix seul, à chaque instant de nouveau, quant à la manière dont vous préférez vivre ce moment d’être en vie (le seul moment où vous êtes jamais en vie).
Une image servira tout au long de cette page : chaque envie, chaque peur, chaque agacement est une flèche, un sentiment qui part de « moi » et pointe vers quelque chose, quelqu’un, ou un plus tard. Se sentir bien, lui, ne pointe vers rien.
Se sentir bien n’est pas seulement retrouvé : il est fixé. Richard raconte avoir « établi le standard minimum d’expérience » pour lui-même : se sentir bien. Un standard est un choix fait debout, et le choix est refait à chaque instant, par personne d’autre. Quand une envie court déjà, elle est rencontrée par le même choix : se sentir bien est choisi par-dessus, pendant qu’elle court. Ce n’est pas une poussée vers le bas, puisque rien n’est opposé à rien. L’envie est laissée sans financement : on ne la paie pas le long de sa flèche, la flèche s’estompe, et l’énergie qui allait la payer est ce sur quoi se sentir bien tourne maintenant.
En dessous de la ligne, le choix se fait en deux temps, dit Richard : d’abord « atteindre un stade de neutralité », car de là, « le pas de neutre à se sentir bien n’est pas si grand ». Tout ce qui ramène au neutre, le sommeil, une marche, un jeu, est de bonne guerre. Au-dessus de la ligne, il y a une échelle : une fois le tour de main acquis, on relève « se sentir bien » à « se sentir heureux et inoffensif », puis à « se sentir parfait ». Et son mot pour décrire le choix une fois devenu habituel n’est pas « effort » : « la sincérité est la clé qui déverrouille l’absence d’effort ».
05Les deux étapes
La plus légère diminution de se sentir bien est le signal, et deux choses suivent, dans cet ordre.
- Revenir à se sentir bien. Le plus tôt possible, et en moins d’une demi-heure. On n’analyse pas depuis l’intérieur du creux ; on en sort d’abord.
- Puis retracer. Remonter, en mémoire, jusqu’au dernier moment où l’on se sentait bien, et avancer pas à pas jusqu’à l’instant exact où cela s’est arrêté : que s’est-il passé, où, qui était là ? Ce que cela laisse est un repère précis pour la prochaine fois, et la sottise de l’incident, une fois vue, est ce qui restaure le bon sentiment.
Richard permet d’inverser l’ordre pour un type de personne : l’intellectuel peut examiner le sentiment pendant qu’il court ; le passionnel revient d’abord et regarde ensuite. Et le signal vient en tailles. Richard a observé que de petits creux annonçaient chaque grande chute, et que de minuscules sursauts devenaient visibles encore plus tôt à mesure que sa capacité à détecter les variations subtiles du ton affectif s’affinait. La pratique consiste à attraper le signal une taille plus tôt chaque fois, et à « étouffer dans l’œuf » la vieille réaction avant qu’elle ne prenne. Il trouvait « bien, bien plus facile et simple de rester de bonne humeur quoi qu’il arrive » que de « remonter à la griffe » vers se sentir bien, encore et encore.
06Ni exprimer, ni réprimer
En n’exprimant ni ne réprimant les émotions, quelque chose de nouveau peut arriver. L’émotion est mise dans une impasse, elle n’a nulle part où aller. La prochaine fois que la colère, disons, surgit, refusez simplement qu’elle se produise. Observez-la tandis qu’elle use de toutes sortes de ruses pour obtenir ce qu’elle veut. Ne l’exprimez pas — mais ne la réprimez pas non plus. Regardez ce qui se passe… vous serez surpris.
Exprimer ou réprimer est, selon les mots de Richard, « un choix odieux ». L’école de l’expression a eu son procès et n’a rien produit de durable. La répression est sa jumelle : un sentiment poussé vers le bas est un second sentiment dressé contre le premier, le bouchon saute, et le sentiment ressort déguisé. La troisième voie est de s’en débarrasser, et le mécanisme est l’impasse : le sentiment est décliné et observé. Décliné, il n’est pas dépensé le long de sa flèche ; non réprimé, il n’est pas bouché. Ce qui s’estompe sous le choix, c’est la flèche. La charge, elle, est conservée comme ton, dirigée « vers les sentiments félicitueux et innocents ».
Richard donne son propre calendrier : perdre son sang-froid « a cessé après environ trois semaines » ; les variations plus subtiles, « être piqué, irrité, agacé », ont pris plus longtemps. Ce qui faisait tourner tout cela était « la détermination à réussir, avec une patience et une diligence nées de l’intention pure récoltée lors d’une expérience de sommet. On sait simplement qu’il est possible d’être en paix parce qu’on l’a vu soi-même. »
07Les trois états sur un seul axe
Richard distingue soigneusement les « bons » sentiments de se sentir bien. Toute passion est une flèche : un sentiment qui part de « moi » vers un corps, une chance, un verdict, un plus tard. Se sentir bien ne pointe vers rien : un ton agréable posé sur les sens, sans flèche en dessous. De l’intérieur, c’est être à l’aise dans sa peau quoi qu’il arrive : rien de voulu de quiconque dans la pièce, rien de dû, rien en suspens.
C’est « moi » qui crée cette distance psychologique ; c’est « moi » qui ensuite se sent séparé ; c’est « moi » qui, en conséquence, aspire à l’Union ; c’est « moi » qui crée l’amour pour combler le fossé que « je » me suis moi-même creusé.
Trois états tiennent donc sur un seul axe, et l’axe est la distance. Les « bons » sentiments (l’amour, le plaisir d’être désiré) creusent un fossé et jettent un pont par-dessus. Se sentir bien ne creuse pas le fossé. L’EPC n’a aucun fossé à creuser : c’est ce que Richard appelle une intimité actuelle, « l’absence de toute distance psychologique entre soi et l’autre ».
C’est pourquoi se sentir bien surenchérit sur une envie sans combat. L’envie promet la fin de la séparation et livre un pont ; se sentir bien, c’est le fossé non creusé, la même monnaie en plus petite pièce. Richard nomme un piège au passage : « le piège séduisant de l’Amour et de la Beauté ». Un sentiment parfait qui enfle vers ceux-là est devenu un sentiment à propos de quelqu’un, c’est-à-dire un « bon » sentiment, et non la félicité.
08L’échelle de quatre barreaux
Le guide de Srinath monte en quatre étapes. Le premier barreau est celui sur lequel vit la méthode toute la journée ; les trois autres se gravissent lors d’une séance : du temps mis de côté, quelques fois par semaine, comme des mini-vacances plutôt qu’une pratique sérieuse.
- Se sentir bien. L’esprit incliné vers la naïveté, l’ouverture et les sens ; l’expérience sensorielle savourée ; une conviction grandissante qu’une EPC est possible. Les anxiétés et les agacements sont doucement mis de côté, sans s’y attarder.
- Se sentir très bien. « Ça fait du bien de se sentir bien ! » Une excitation, un délice ; le sentiment de « soi » encore là, mais une version joyeuse et plus douce, moins de prétention et de combat, « aimant et aimable ». Vers la fin, le plaisir commence à s’unifier et tout en est baigné.
- Se sentir excellent. Tout est vécu comme doux, charmant, digne de délice ; les pensées se font rares, l’énergie affective étant presque entièrement dans l’engagement sensoriel ; le sentiment d’« être » devient « très subtil, comme de la gaze ». Vers la fin, on peut « allumer l’émerveillement aux yeux grands ouverts » et puiser dans le frisson à l’extérieur de soi qui porte jusqu’à l’aperception.
- Perfection. « Si “vous” êtes capable de lâcher prise et de laisser la pureté du monde actuel “vous prendre”, vous constaterez que le monde s’est changé en un spectacle miraculeux… “Vous” avez fondu. » L’échantillon, en train de se produire.
La séance, en bref. Une orientation douce et détendue, un peu comme un enfant. Une promenade lente, les yeux d’abord : les laisser tomber doucement sur ce qui est en vue et le « caresser », en buvant couleur, texture, éclat ; puis l’ouïe et le toucher, jusqu’à ce que tout le corps y soit pris. Aucune décision sur où aller ; les pieds mènent. Et surtout, pas d’effort : non pas « je devrais apprécier cette brise ! », mais laisser les sens sentir, ce qui s’avère agréable en soi. Toute bouffée d’insincérité ou de forçage fait fuir l’expérience. Une tentative ratée aura été une promenade agréable, ce qui était de toute façon le but.
Les sentiments qui surgissent en séance ne sont pas réprimés : on les reconnaît doucement et on voit si l’on peut les mettre de côté un moment ; on peut toujours y revenir après. Près du sommet, les objections rapetissent, une peur ici, un petit agacement là, et sont vues et congédiées une à une. Puis vient le basculement, d’une direction à laquelle on s’attendait le moins, reconnu aussitôt : « attends… je reconnais ça ! ». À ce moment, les mains entièrement retirées : toute intervention, y compris essayer d’aider, est l’identité qui reprend le contrôle. Un commentaire en cours de route, « c’en est une », remet « moi » dans le tableau instantanément.
09Les composantes
Srinath résume ce qui doit être présent. Chaque composante est un côté d’un même état, celui où aucun sentiment ne tire vers rien et où il reste un ton agréable sur les sens.
L’attention
Conscient de « soi » en tant qu’être qui ressent, et du monde autour. C’est la question.
La naïveté
La curiosité de l’enfant, l’ouverture, aucun sérieux, aucune autorité guindée. Le plus près de l’innocence qu’un « soi » puisse être.
Le délice
L’intention de s’amuser, de se réjouir. La mesure : un enfant devant une flaque d’eau.
La sensuosité
Le plaisir esthétique des sens : le café, la lumière, le soleil sur la peau. Ce que les sens livrent avant qu’on y ajoute quoi que ce soit.
La conscience du temps présent
Maintenant est tout ce qu’il y a. Le passé et le futur ne le feront pas arriver.
L’émerveillement
La dernière étape, aux yeux grands ouverts : le frisson à l’extérieur de soi qui porte dans l’aperception.
La sensuosité est la conscience merveilleuse de la merveille d’être ici maintenant, à ce moment dans le temps et en ce lieu dans l’espace.
Deux précisions. Le sensuel veut que la sensation gratifie un « moi » ; le sensuel au sens de Richard, la sensuosité, ne trouve aucun « moi » au comptoir. Et la beauté n’est pas sensorielle : « la beauté est une réponse affective du “moi” émotionnel et passionnel au délice sensoriel… il n’y a pas de “beauté sensorielle” ». La naïveté, enfin, est l’émerveillement de l’enfant conservé avec les sensibilités de l’adulte : la crédulité en moins, le discernement en plus. Richard renverse l’audit habituel : le crédule, c’est le sophistiqué, qui a avalé sur parole tout le programme de sa culture. Son marqueur pour la naïveté est une paire : à la fois aimable et aimant, quoi qu’il arrive.
L’appréciation, la moitié qui se fait
« Apprécier et savourer » : le savourer est direct, sensoriel, et comme tout ce qui est sensoriel il s’estompe par habitude. L’appréciation est la reconnaissance active que cette façon d’être en vie est bonne. Elle tient le moment à côté de la manière dont il aurait pu être pris, plus sombre, et garde cette comparaison allumée. Srinath, en montant : « Je m’encourage consciemment, je me tape dans le dos pour avoir valorisé chaque miette de délice. » Son contraire est la dépréciation, la tendance permanente à trouver ce moment insuffisant ; tenue comme un engagement, c’est le ressentiment.
10L’intention pure et le fil
Ce n’est pas pour rien que je dis que « je » suis le désir et que le désir est « moi » (le désir est l’une des passions instinctuelles). Pourtant on peut harnacher cette puissante énergie affective pour faire advenir ce à quoi l’on aspire actuellement : la paix et la compréhension parfaites.
Toute autre envie part de « moi » et pointe vers un là-bas et un plus tard, et laisse « moi » aussi solide à l’arrivée qu’au départ. L’intention pure est la seule envie qui pointe vers l’état où il n’y a plus de « moi » pour vouloir, et c’est pourquoi on la laisse courir à pleine force. Elle a deux bouts et un fil. Le bout lointain est l’EPC. Le bout proche est la naïveté : « l’intention pure naît de la naïveté, qui est ce que j’ai de plus près de l’innocence ». Et elle « peut être réactivée encore et encore par une attention sincère portée à l’état de naïveté ».
Richard décrit ce « processus de rememoration » comme ce qui lui a permis d’« imprégner sa vie quotidienne de l’ambiance, de la saveur, de l’attrait de l’EPC » et ainsi de vivifier son expérience d’instant en instant. C’est aussi le garde-fou qui rend sûr le fait de laisser aller les autres envies : on sait que c’est possible parce qu’on l’a vu soi-même.
11Deux pièges
La morale actualiste
La méthode est une phrase sans aucun « il faut ». Ce que fait un pratiquant avec la première pratique sur terre à n’avoir besoin d’aucun commandement, c’est d’en tailler un : tu te sentiras bien. Or une règle contre un mauvais sentiment est un second sentiment à propos du premier, et le « moi » moral qui surveille les sentiments est un poste à plein temps pour précisément l’entité dont la retraite était le but.
La suppression
Pousser un sentiment vers le bas et appeler cela « décliner ». Une poussée est elle-même une flèche. Le test : est-ce que la traction s’estompe, ou est-ce qu’elle attend sous le bouchon ? L’observation, non la force, est ce qui dissout la prise d’un sentiment.
Richard avait l’antidote au premier piège intégré à sa pratique. Il s’assurait de ne « jamais, jamais, se gronder pour avoir glissé dans les vieilles habitudes, après tout “je ne suis qu’humain” et cela va forcément arriver de temps en temps », et à la place il se « tapait dans le dos pour avoir été assez astucieux pour remarquer » le glissement. Un glissement remarqué est la méthode qui fonctionne ; un glissement sanctionné est la règle.
12Heureux et inoffensif
Le mot « inoffensif », dans le jargon de l’actualisme, désigne l’innocuité qui s’ensuit en l’absence de malice (tout comme le mot « bonheur » désigne la félicité qui s’ensuit en l’absence de chagrin).
Le but est heureux et inoffensif, et les deux moitiés ne sont pas des corvées séparées. La malice est ce qu’on fait aux autres ; le chagrin, ce qu’on se fait à soi-même ; ils montent et descendent ensemble. D’où un seul diagnostic : un acte de malice est un aveu de malheur. Personne d’inoffensif ne cherche la remarque cinglante, et personne qui la cherche ne se sent bien à cet instant. La malice retenue n’est pas l’innocuité ; c’est la répression vue plus haut. L’innocuité est ce qui est là quand rien, ici dedans, ne pointe vers quiconque, et elle n’a besoin d’aucun maintien.
En une phrase. Retrouver son échantillon ; choisir de se sentir bien à chaque instant de nouveau, et le reprendre une taille plus tôt chaque fois ; ne rien exprimer ni réprimer, mais décliner et observer ; laisser les sens sentir ; et, quand le monde bascule, retirer les mains.
13Par où commencer
Rien de ce qui précède ne demande de matériel, de maître ni de temps libre. Voici trois gestes pour la première semaine.
- Retrouvez votre échantillon. Prenez dix minutes pour chercher un souvenir qui porte les cinq marques de l’EPC : un après-midi d’enfance, une marche en montagne, un matin où tout semblait neuf. Peu importe qu’il soit court ou flou. Écrivez-le. C’est votre preuve que le mode existe.
- Posez la question, souvent. Plusieurs fois par jour, en faisant autre chose : comment est-ce que je me sens, là, maintenant ? Répondez par un mot (à l’aise, agacé, ennuyé, content). Si la réponse est moins que « bien », choisissez de revenir à bien, puis seulement après, demandez-vous ce qui vous a fait glisser. Ne vous grondez jamais pour avoir glissé ; félicitez-vous de l’avoir remarqué.
- Faites une promenade sans but. Une heure, lentement, les yeux qui se posent sur les choses comme pour les caresser, puis l’ouïe, puis le toucher. Pas d’objectif, pas d’effort pour « apprécier ». Si un souci monte, reconnaissez-le, mettez-le de côté, revenez aux sens. Une promenade ratée reste une promenade agréable.
Et deux choses à ne pas faire, détaillées sous deux pièges : transformer la méthode en règle (« je dois me sentir bien »), et confondre « décliner » un sentiment avec le refouler.
14Petit lexique
- Actuel / réel
- L’actuel est le monde tel que les sens le trouvent. Le réel est la couche de sentiments et de croyances posée dessus, où presque tout le monde vit.
- EPC (PCE)
- Expérience de conscience pure : le monde vif et complet, avec personne pour le vivre. L’échantillon.
- Aperception
- Le mode de perception où l’esprit est conscient de lui-même sans « moi » qui regarde. Ce qui a lieu dans une EPC.
- Se sentir bien (feeling good)
- Un sentiment général de bien-être, sans flèche vers rien. Le standard minimum, choisi à chaque instant.
- Les « bons » sentiments (good feelings)
- L’amour, la beauté, le plaisir d’être désiré : des sentiments à propos de quelqu’un ou de quelque chose, qui creusent un fossé puis le franchissent.
- Sentiments félicitueux et innocents
- La joie, la gaieté, le délice, l’insouciance : les sentiments d’un bonheur sans objet. Ce vers quoi l’énergie affective est dirigée.
- Naïveté
- L’émerveillement de l’enfant avec le discernement de l’adulte. Le plus près de l’innocence qu’un « soi » puisse être ; le bout proche de l’intention pure.
- Intention pure
- Le fil doré entre soi et l’EPC ; la seule envie qu’on laisse courir à pleine force.
- Rememoration
- Revivre une EPC passée assez vivement pour que sa saveur colore ce moment.
- Étouffer dans l’œuf (nipping in the bud)
- Attraper une passion à son premier frémissement, avant qu’elle ne soit payée.
- Liberté actuelle
- Le bout du chemin : l’extinction définitive de « l’être », de sorte qu’il ne reste que ce corps et le monde actuel. Ce que la méthode n’est pas, mais vers quoi elle va.
15Sources
Cette page est un résumé de seconde main, en français, de textes publics écrits en anglais. Toutes les citations sont des traductions libres ; les textes originaux font autorité.
- Richard, This Moment of Being Alive : la question, les deux étapes, le retraçage.
- Richard, FAQ 63a : The Difference between Good Feelings and Feeling Good? : le standard minimum, le pas par le neutre, l’énergie affective redirigée.
- Richard, CRO 30a : The Actualism Method Is Too Difficult : « votre choix, et votre choix seul ».
- Richard, Selected Correspondence on How to Become Free of the Human Condition : le grain du signal.
- Richard, Be Totally Rid Of Emotions And Passions : ni exprimer ni réprimer.
- Richard, Attentiveness and Sensuousness and Apperceptiveness : la sensuosité, l’instant aperceptif.
- Richard, Selected Correspondence on Actual Intimacy : la distance psychologique.
- Richard, Catalogue : Naïveté et Selected Correspondence on Naïveté.
- Richard, Selected Correspondence on Pride : ne jamais se gronder.
- Bibliothèque de l’Actual Freedom Trust : PCE.
- Srinath, Pure Consciousness Experience, sur simpleactualism.com : les cinq marques, l’échelle de quatre barreaux, les composantes, le guide pas à pas.